Première synthèse du colloque international sur le loup

Découvrez la première synthèse du colloque international sur le loup du samedi 18 juin qui avait lieu au Parc Animalier de Sainte-Croix.

Les clôtures d’agricultures sont destinées traditionnellement à contenir le bétail, mais ne sont pas nécessairement conçues pour éviter le passage d’un prédateur comme le loup. Afin d’étudier le comportement des loups face aux clôtures, un projet pilote a été réalisé sur deux meutes captives du Parc Animalier de Sainte-Croix en France, d’octobre à décembre 2015. Le but de ce projet est de mieux comprendre comment les loups se comportent face à des clôtures utilisées quotidiennement par les éleveurs (filet à 90 cm et clôture à deux fils) et d’identifier les stratégies de passage. Ces nouvelles connaissances permettront à la fois d’améliorer l’efficacité des clôtures et de conseiller les éleveurs.

Méthodologie
Pendant les expériences, une partie de l’enclos bien fréquenté par les loups en dehors des expériences, a été séparée par un des deux systèmes de clôture électrifiée. Les loups ont été incités à franchir cet obstacle grâce à de la nourriture posée de l’autre côté de la clôture alors qu’ils avaient faim. La zone devant et derrière la clôture de test a été surveillée en permanence à l’aide de caméras thermiques et pendant la journée par un observateur présent à côté de l’enclos. Les deux différents systèmes de clôture (filet à 90cm et clôture à deux fils) ont été testés chacun à tour de rôle.

© CHWolf, C. Müller
© CHWolf, C. Müller

Synthèse des résultats
Les 2 meutes étudiées ont montré des différences et des spécificités marquées concernant certains comportements : les individus de la meute grise (Canis lupus lupus) ont exploré la clôture plutôt avec prudence et montraient une forte tendance à creuser contrairement aux membres de la meute blanche (Canis lupus arctos) qui ont exploré la clôture plutôt avec assurance et n’ont quasiment pas creusé devant la clôture. Chez les loups gris, aucun passage de clôtures n’a été observé alors que chez les loups blancs, 18 passages ont été répertoriés.

Les loups ont semblé perdre leur motivation à fréquenter la clôture au fur et à mesure des jours de l’expérience, suite à leurs échecs répétitifs et ce malgré l’augmentation du nombre de jours sans nourriture. Par contre, l’espace entre du fil inférieur et le sol relevé de 25 cm à 35 cm a engendré des passages réussis, et par conséquent a montré le phénomène inverse : une augmentation de la fréquentation.

En dehors de l’expérience avec le fil relevé, il semble difficile d’évaluer l’effet du type de clôture (filet 90 cm et clôture à deux fils) sur la fréquentation. Aucun saut au-dessus d’une clôture correctement installée et en état n’a été répertorié chez des deux meutes.

Les résultats de l’expérience avec les fils rehaussés à 35 cm et 80 cm, pendant laquelle ont été enregistré 10 passages réussis (9 par-dessous et 1 entre les fils) démontrent que la distance du premier fil au sol joue un rôle essentiel dans l’efficacité des clôtures.

Pendant la première expérimentation avec le filet chez la meute de loup blanc, un individu a foncé à trois reprises dans le filet en le détruisant au passage permettant des passages ultérieurs très aisés. Cette expérimentation avec le filet neuf fut répétée et aucun loup n’a plus passé la clôture. Ces résultats suggèrent que certains jeunes loups sont « naïfs » face à la clôture et doivent vivre une expérience négative pour l’éviter par la suite.

Le projet pilote a également démontré que certains loups sont capables d’exploiter une faille de la clôture, pendant que la majorité de la meute observait l’individu franchissant la clôture et sans suivre son exemple.

© CHWolf, C. Müller
© CHWolf, C. Müller

Conclusion
Les nouvelles connaissances glanées lors de ce projet pilote représentent un premier pas dans la compréhension du comportement des loups face aux clôtures. Cependant, les résultats présentés ne peuvent être généralisés car seules deux meutes ont été étudiées pendant une période seulement de 3 mois. En outre l’identification individuelle des loups s’est montrée difficile ce qui a compliqué l’interprétation des résultats au niveau individuel. Il est donc nécessaire de continuer les expériences avec d’autres meutes afin de confirmer notamment la variabilité entre le comportement de meute et de loup seul. Cela peut avoir des implications importante dans la gestion de l’espèce et d’élargir la base des données. L’équipe de projet international va donc explorer plusieurs nouvelles pistes concrètes afin de continuer le projet.

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