Arrêt surprise de la reproduction des cétacés en France

Un arrêté publié contre toute attente samedi au Journal officiel interdit la reproduction des orques et des dauphins détenus en France.

Contre toute attente par rapport à l’arrêté publié à la presse le 3 mai (voir notre article), Ségolène Royale future ex-ministre de l’Environnement, a ajouté une nouvelle disposition de dernière minute, à la veille de l’élection présidentielle, sans avertir ni les parcs concernés ni les associations de protection des animaux, qui avaient été associés aux discussions sur cette évolution des règles.

Cet arrêté abroge l’arrêté du 24 août 1981 relatif aux règles de fonctionnement, au contrôle et aux caractéristiques auxquels doivent satisfaire les installations abritant des cétacés vivants. Il renforce les conditions d’hébergement, d’entretien et de présentation au public des orques et dauphins détenus en captivité exclusivement au sein d’établissements fixes. La reproduction des orques et des dauphins actuellement détenus en France est désormais interdite. Ainsi, seuls les orques et les dauphins actuellement régulièrement détenus peuvent continuer à l’être, sans ouvrir à de nouvelles naissances.

Avant cette modification de dernière minute, La ministre partait sur 5 points :
1. Augmentation d’au moins 150 % de la surface des bassins afin de permettre aux animaux de se soustraire à la proximité des visiteurs et à celle des autres animaux ;
2. Interdiction du chlore dans le traitement de l’eau ;
3. Mise en place d’équipes de soigneurs spécialisés, dont le nombre est en proportion du nombre de dauphins ;
4. Interdiction des contacts directs entre le public et les animaux ainsi que les immersions du public dans les bassins hébergeant des cétacés ;
5. Contrôle étroit de la reproduction des dauphins, par un avis de la Commission nationale consultative pour la faune sauvage captive instituée à l’article R.413-2 de Code de l’Environnement. Cette reproduction ne devient possible que si la configuration et la taille des bassins le permettent.

Avec ce changement majeur : la reproduction des orques et des dauphins détenus en France est désormais interdite Ce qui signifie, à terme, l’arrêt de présentation des mammifères marins.

Dans le Journal Le Monde, Les quatre parcs concernés avaient en effet accepté de réaliser des investissements dans leurs bassins, à la condition de pouvoir faire reproduire leurs dauphins et donc de voir leur activité perdurer. « Nous ne comprenons pas cette décision, qui n’a fait l’objet d’aucune concertation, s’insurge Rodolphe Delord, président de l’Association française des parcs zoologiques, qui a participé à l’élaboration du texte. On avait obtenu un arrêté de très haut niveau avec des avancées. Mais l’interdiction de la reproduction va à l’encontre du bien-être animal car ces animaux sont faits pour se reproduire. Et vous imaginez dans quel état se trouve le personnel qui travaille avec eux ? »

L’arrêté compose de bons articles mais l’interdiction ruine les chances d’améliorer concrètement les conditions de captivité. Qui va investir des millions dans une installation qui ne servira plus dans l’avenir? Estimé entre 10 et 20 millions d’euros par parc, on ne peut pas leur demander à la fois de faire des travaux, des investissements importants, et à la fois d’arrêter leur activité.

L’article 12 indique que les spécimens d’une même espèce sont hébergés en groupe d’au moins 3 spécimens pour l’espèce Orcinus orca et d’au moins 6 spécimens pour les spécimens de l’espèce Tursiops truncatus. Difficile à tenir si un groupe compte moins d’individus que la loi, les dauphins devront donc partir dans d’autres institutions à l’étranger, pour la plupart de taille moindre.

Les établissements disposent d’un délai de six mois pour se conformer aux prescriptions du présent arrêté, à l’exception de celles de l’article 7 pour lesquelles un délai de trois ans est accordé afin de permettre la réalisation des travaux de gros œuvre.

Un arrêté de dernière minute?
Les ministères se vident pour laisser la place aux nouvelles équipes qui arriveront. Ségolène Royal a sans doute voulu terminer tous ces dossiers avant de partir du ministère. Dans un tweet, Ségolène Royale parle de bien être animal. Pense-t’elle au bien être des loups qui sont abattus chaque année?

En Europe, le loup est protégé par la Convention de Berne (1979) transcrite dans le droit français en 1989. Depuis le 5 juillet 2016, un nouveau plafond de 36 loups à abattre a commencé pour la saison 2016-2017. L’arrêté ministériel a été signé alors même que l’ONCFS ne pouvait pas encore se prononcer sur l’évolution de la population de loups en France (en hausse, en baisse ou en stagnation). On sait maintenant que la population stagne (292 loups estimés en mars 2016 contre 285 en mars 2015). Selon l’ONCFS, cette stagnation est en cours depuis trois ans. (Ferus)

Cet arrêté ne réglera pas le sort des cétacés dans le monde. En Chine, le pays voit une augmentation rapide du nombre de delphinariums et continue à capturer des dauphins. Une chose interdite en France depuis longtemps.

Selon une étude américaine, les dauphins sauvages sont plus exposés à des polluants et donc plus malades que les dauphins vivant dans des aquariums ou dans d’autres habitats contrôlés. Les chercheurs ont comparé des dauphins vivant au large des côtes de Floride et de la Caroline du Sud à deux autres populations vivant en captivité (dans l’aquarium d’Atlanta et dans le Centre des systèmes de combat spatial et naval à San Diego). Moins de 50% des dauphins sauvages étaient «cliniquement normaux» et un grand nombre souffraient d’inflammations chroniques. (Voir l’article du Figaro). L’océan est une poubelle, nos déchets plastiques menacent la faune marine.

Est-ce la fin du  Marineland d’Antibes et du Moorea Dolphin Center, en Polynésie française ?  
Premier site touristique de la Côte d’Azur, Marineland emploie 160 salariés à temps plein et près de 600 personnes en saison estivale. Il accueille également chaque année près d’1,3 millions de visiteurs (Données 2014). Fondé en 1970 par le Comte Roland de la Poype qui voulait transmettre sa passion pour le monde marin à un large public afin de lui faire découvrir cet univers fascinant. Plus de dauphins et plus d’orques, le Marineland va devoir se réinventé.

Moorea Dolphin Center « posséderait » trois dauphins. Deux mâles : Kuokoa et son demi-frère Lokahi. Tous deux sont nés en 1994 au centre du Dolphin Quest de Hawaii. Ils sont arrivés à l’âge de trois ans en Polynésie. Le troisième pensionnaire est une femelle, Hina, née à la fin des années 1980 en milieu naturel. Elle a longtemps résidé au centre de l’armée américaine de San Diego et est arrivée en Polynésie lorsqu’elle était âgée d’une vingtaine d’années. Dans ce parc, il est possible de rencontrer et nager avec un dauphin. Un site voué à disparaître.

Les deux autres parcs présentant des dauphins sont Planète Sauvage et le Parc Astérix.

Consultez l’arrêté du 3 mai 2017 fixant les caractéristiques générales et les règles de fonctionnement des établissements présentant au public des spécimens vivants de cétacés

Abonnez-vous à notre newsletter

* obligatoire


Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire