Deux lamantins vont rejoindre la Guadeloupe dans le cadre d’un projet de réintroduction

Kai © Wildlife Reserves Singapore

Deux lamantins vont bientôt quitter Singapour pour la Guadeloupe dans le cadre du premier programme mondial de repeuplement de cette espèce, déclarée éteinte au début du XXe siècle dans ce département français d’outre-mer.

Le lamantin des Antilles (Trichechus manatus manatus), mammifère marin classé « en danger » d’extinction sur la Liste Rouge de l’UICN, a disparu depuis le XXe des eaux de Guadeloupe. Il fait aujourd’hui l’objet d’un projet ambitieux porté par le Parc national de la Guadeloupe et impliquant un ensemble de partenaires locaux, nationaux et internationaux qui est celui de sa réintroduction dans la baie du Grand Cul-de-Sac marin.

Kai et Junior seront les premiers lamantins arrivés en Guadeloupe depuis plus d’ un siècle !

Kai et Junior, deux mâles, ont été choisis pour être les premiers des 15 lamantins de différentes institutions zoologiques à travers le monde à arriver à Grand Cul-de-Sac Marin, une réserve naturelle de 15.000 hectares qui réunit les îles de Basse-Terre et de Grande-Terre.

Kai est né le 8 octobre 2009 et Junior est né le 2 février 2010 et ils sont presque inséparables.

Le départ vers la Guadeloupe aura lieu au cours des prochaines semaines, et le vol est susceptible de durer plus de 30 heures avec plusieurs escales au programme. Même si la date n’a pas été fixée, les soigneurs du River Safari Singapore préparent les deux lamantins au voyage pour que tout se passe bien le jour du grand départ.

Sébastien Rive du Parc national de Guadeloupe donnant des granulés à Kai et Junior © Wildlife Reserves Singapore
Sébastien Rive du Parc national de Guadeloupe donnant des granulés à Kai et Junior © Wildlife Reserves Singapore

Un projet qui a débuté en 2008

La phase préparatoire du projet débutée en 2008 a permis de prendre contact avec de nombreux pays potentiellement donateurs de lamantins. Le travail de concertation réalisé durant cette phase a également permis d’obtenir une large adhésion au projet des usagers de la baie et des acteurs locaux. De nombreuses études scientifiques ont également été menées et ont permis de confirmer la faisabilité du projet, et d’évaluer les ressources disponibles dans le milieu pour l’animal.

Le groupe international d’experts en charge de l’accompagnement scientifique du projet, a statué sur la provenance des animaux et s’est porté en faveur de lamantins détenus en captivité, plutôt que d’individus directement prélevés dans des populations sauvages. En effet, au vu des menaces qui pèsent sur l’essentiel des différentes populations de son aire de répartition, le principe de l’utilisation d’animaux captifs est beaucoup plus acceptable en terme de conservation. Un autre avantage important de ce choix est de permettre, si l’opération est un succès, de la reproduire beaucoup plus facilement sur d’autres territoires qui souhaiteraient s’engager dans une démarche similaire.

Ces animaux issus de la captivité auront une vocation distincte selon leurs potentialités et leurs caractéristiques. Certains animaux à fort potentiel de relâcher (orphelins sevrés) pourront être ré-acclimatés dans un enclos de pré-relâcher puis réintroduits directement dans le milieu naturel. Les animaux détenus en captivité depuis une longue période et trop imprégnés pour retrouver la vie sauvage participeront à un programme de reproduction en captivité avec l’objectif de réintroduire la descendance de ces individus.

Par ailleurs, la population fondatrice pourrait être enrichie par quelques animaux sauvages. La Guyane française qui dispose d’une population de lamantins pourrait représenter à terme une des sources de prélèvements pour le projet de réintroduction en Guadeloupe.

Baie du Grand Cul-de-Sac Marin et les biocénoses marines © Parc national de Guadeloupe
Baie du Grand Cul-de-Sac Marin et les biocénoses marines © Parc national de Guadeloupe

Projet LIFE SIRENIA
Le projet LIFE SIRENIA est soutenu et co-financé par le programme LIFE Biodiversité de la Commission Européenne. LIFE (L’Instrument Financier pour l’Environnement) est un programme à travers lequel l’Union Européenne cofinance des projets de protection de l’environnement et de conservation de la nature.

Le premier objectif est d’aboutir à la réintroduction et au suivi dans le milieu naturel d’une dizaine de lamantins d’ici 2021. Le projet visera aussi à soutenir les efforts opérationnels ainsi que les échanges scientifiques et les initiatives de conservation de l’espèce dans les territoires voisins de la Caraïbe. Enfin, le projet s’attachera à sensibiliser les différents publics concernés et fédérer les acteurs locaux autour de la conservation du lamantin et la protection de son milieu.