Un événement incontournable pour les zoos : la conférence annuelle EAZA

Par Amélie Romain – Akongo Wildlife connection
Bien que peu connu du grand public, l’EAZA, association des zoos et aquariums d’Europe, a un rôle majeur. Ses décisions influencent la gestion des animaux, les programmes de conservation mais également, sur un plan plus politique, la législation en la matière.

L’EAZA, une association européenne ayant un impact mondial dans la communauté des zoos et de la conservation

Selon l’EAZA (European Association of Zoos and Aquaria), le rôle de l’association est de « stimuler et coordonner les efforts de la communauté en matière d’éducation, de conservation et de recherche scientifique ». Cette association regroupe aujourd’hui près de 400 membres dans plus de 50 pays, dépassant largement les frontières européennes. L’EAZA s’exprime majoritairement sur l’élevage et la gestion des populations des animaux en captivité, mais également sur leur terrain politique. En 2017, l’association a pris position sur deux activités qui suscitent encore aujourd’hui des débats en France : les cirques et l’arrêt de la reproduction des dauphins et orques. Dans le premier cas, l’EAZA a rappelé que ceux-ci ne pouvaient aspirer à rejoindre cette communauté car leur mode de fonctionnement ne répond pas aux standards de l’association (ceux-ci ne travaillant ni dans un but de conservation, ni d’éducation, et l’élevage et la détention des animaux ne répondent pas aux critères définis par l’association). L’EAZA a réagi à la suite de la publication de l’arrêté interdisant la reproduction des cétacés en France, en apportant son soutien aux parcs concernés, et en demandant une levée de l’interdiction française.

Aujourd’hui en France, sur les quelques 350 parcs animaliers dénombrés, 47 sont membres de l’EAZA, c’est-à-dire qu’ils respectent les standards définis par l’association concernant le maintien des animaux en captivité, mais également qu’ils s’impliquent dans des activités pédagogiques et agissent en faveur de la sauvegarde de la biodiversité.

 

La conférence annuelle de l’EAZA 2017 : 5 jours – 800 participants aux Pays-Bas

Le nouveau parc d’aventure, WILDLAND Avdentures – qui regroupe non seulement un espace zoologique (celui qui était situé historiquement au cœur de la ville a été détruit et les animaux transférés dans cette nouvelle structure) mais également un imposant théâtre et prochainement un double grand huit – a accueilli du 19 au 23 septembre plus de 800 personnes pour cet évènement annuel. Directeurs de zoos, vétérinaires, scientifiques, animateurs, chercheurs, soigneurs-animaliers, médiateurs, architectes, ingénieurs en développement durable, … nombreux étaient ceux qui avaient fait le déplacement.

C’était d’ailleurs une fréquentation record pour l’EAZA, que ce soit en termes de nombre de participants, d’institutions ou de pays présents – et témoigne de l’intérêt des professionnels sur les rôles et enjeux des zoos aujourd’hui.  En sus des pays européens, le Brésil, le Chili, les Emirats Arabes, le Kazakhstan, les Etats-Unis, l’Indonésie ou encore la Malaisie étaient représentés. Avec 41 institutions inscrites, les zoos français n’étaient pas en reste.

Mais finalement, de quoi a-t-il été question pendant cette semaine ?

EAZA-Annual Conference 2017

La gestion des animaux dans les zoos : naissances, décès et…transferts

Arrivée d’un groupe de bonobos, naissance d’un rhinocéros, départ d’un jeune lion… La presse relaie régulièrement des nouvelles arrivées d’espèces ou d’individus dans les zoos de l’Hexagone. Ces transferts n’interviennent pas au hasard et sont souvent planifiés depuis plusieurs mois voire plusieurs années. En effet, pour assurer la survie de l’espèce, une population viable, pérenne et non consanguine est nécessaire. Aujourd’hui, la plupart des animaux présents dans les zoos et aquariums sont nés en captivité, et pour ne pas constituer une menace supplémentaire, il n’est pas question de prélever de nouveaux individus dans le milieu naturel [1]. Comme les animaux ne peuvent se disperser et chercher un autre groupe ou un partenaire pour se reproduire, comme ils le feraient dans la nature, les zoos organisent des transferts d’animaux, afin de recréer ces migrations et ainsi assurer une diversité génétique au sein de la population.

Pour organiser et gérer ces transferts, l’EAZA a mis en place des comités de spécialistes (chercheurs, directeurs de zoos, vétérinaire, nutritionniste, etc.) par groupe spécifique d’animaux, tels que les manchots, les ours, les félins, les antilopes, les gibbons, les rhinocéros etc. : ces comités sont appelés des « TAG » (Taxon Advisory Group). Les membres du TAG connaissent ainsi toutes la généalogie des animaux présents dans les zoos en Europe, les différentes institutions qui les accueillent, et peuvent ainsi conseiller, planifier les naissances et transferts à venir.

TAG Gibbon EAZA 2017La conférence annuelle de l’EAZA est ainsi une occasion de rencontre privilégiée entre les responsables des TAGs ainsi que ceux des zoos accueillant ces animaux, afin d’établir le bilan de l’année écoulée (naissances, décès, transferts, maladies, etc.) et discuter des prévisions pour les années à venir. Chaque TAG émet ainsi des recommandations spécifiques pour chaque zoo : certains auront un « groupe reproducteur » (des naissances peuvent donc être espérées dans les mois ou années à venir, souvent pour le plus grand plaisir des visiteurs !), d’autres devront transférer un ou plusieurs de leurs individus (par exemple des jeunes femelles pandas roux), et certains parcs accueilleront uniquement des mâles (c’est le cas pour de nombreux primates dû à leur organisation sociale, mais cela existe pour d’autres espèces, comme pour les kangourous par exemple).

C’est aussi l’opportunité pour les parcs de discuter de la gestion de leurs animaux au quotidien, des éventuelles difficultés rencontrées, et surtout de partager des « trucs et astuces » pour assurer le bien-être de leurs animaux : aménagements d’enclos, choix de nourriture et présentation des repas, enrichissements, training, soins vétérinaires, etc. Ces informations sont par ailleurs regroupées dans des manuels accessibles à tous et téléchargeables sur le site de l’EAZA : les « Best Practice Guidelines ».

Les responsables des TAG font également le lien avec les programmes de conservation sur le terrain :  population recensée, nouvelles des équipes de terrain, dans les stations de recherche, les centres de soins ou de réhabilitations, connaissances acquises, nouvelles actions en perspective.

Dans le cas des gibbons, primates vivant uniquement en Asie, et dont toutes les espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction [2], un programme de conservation (Projet ANOULAK) a été initié en 2011 au Laos, dans la forêt des Annamites : cette zone forestière à la lisière du Vietnam abrite de nombreux gibbons, mais également de nombreux herbivores, oiseaux, petits carnivores, et une flore très diversifiée.

Gibbon Laos - Projet ANOULAK
Gibbon Laos – Projet ANOULAK (C)

Camille Coudrat, directrice du projet ANOULAK, est intervenue lors du TAG Gibbon afin de faire un bilan sur ces 5 dernières années – même si la population locale est déjà bien impliquée, les menaces de braconnage (des pays voisins) et de déforestation sont encore une réalité quotidienne. Les zoos accueillant des gibbons fournissent du matériel de terrain, apportent un support financier, et effectuent des actions pédagogiques auprès des visiteurs.

 

 

En parallèle, les informations recueillies sur le terrain par les chercheurs leur permettent d’améliorer le milieu de vie des gibbons captifs, de recréer des biotopes, de réfléchir à la conception d’espaces multi-espèces, qui regroupent différents animaux partageant dans la nature un même biotope. Depuis ces dernières années, ce mode de présentation s’est beaucoup développé dans les parcs zoologiques. Le zoo de Zurich s’était démarqué dès 2003 en recréant un « mini-écosystème de forêt pluviale » regroupant plus d’une cinquantaine d’espèces de vertébrés – mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons et insectes.

N’oublions pas que les animaux sont tout d’abord des animaux qui vivent dans un habitat spécifique, et nombreux de leurs comportements (recherche de nourriture, mode de déplacement, cris d’alarmes, vie en solitaire ou en groupe, etc.) sont des adaptations résultant des interactions avec leur milieu : en captivité, il est donc nécessaire de leur offrir un environnement qui soit stimulant et complexe, et auquel ils sont biologiquement adaptés.

 

Le bien-être des animaux dans les zoos, sujet sensible et incontournable

Au fil des ans, le bien-être animal s’est imposé dans les questions sociétales, et ce débat concerne également les animaux présents en parcs zoologiques. Bien qu’il n’y ait pas une définition unique du bien-être animal, celui-ci réfère au bien-être physiologique et psychologique des animaux, à leur état émotionnel, à leur façon d’appréhender et de réagir aux différentes situations rencontrées (partager son espace avec différents congénères, chercher de la nourriture, pouvoir se déplacer, courir, jouer, se faire transporter, s’intégrer dans un nouveau groupe etc.).

Les zoos ont donc le devoir de leur offrir une nourriture adaptée à leurs besoins nutritionnels, des soins vétérinaires adéquats en cas de maladie, mais aussi un milieu de vie au quotidien (environnement physique et social) dans lequel les animaux pourront exprimer leur répertoire comportemental (par exemple sauter, courir, s’épouiller, se baigner, chasser, etc.).

L’EAZA a adopté une approche polyvalente et multidisciplinaire pour promouvoir et assurer le bien-être des animaux vivant en captivité : soutien et collaboration pour la recherche scientifique, conseils dans les guides des « bonnes pratiques » mais aussi ateliers théoriques et pratiques pour les professionnels des zoos. En France, de plus en plus de zoos travaillent en ce sens, et le parc du Reynou, en Haute-Vienne, a accueilli au début de l’année un atelier EAZA dédié au bien-être des animaux.

Lors de la conférence, les participants ont pu échanger sur les méthodes d’évaluation du bien-être des animaux, en particulier sur les méthodes entrainement des animaux.

EAZA_Animal Training_OrangutanAu zoo de Copenhague par exemple, grâce au « medical training » basé sur le renforcement positif (l’apprentissage est basé sur la récompense et non sur la punition), l’équipe peut aujourd’hui effectuer directement et régulièrement des échographies de leurs femelles orang-outan sans anesthésie ou contention, et ainsi s’assurer que la gestation se déroule bien.

Mais les zoos n’accueillent pas que des mammifères, et pour ceux qui ont des reptiles, des questions logistiques existent aussi. Si vous avez des tortues terrestres qui doivent rentrer chaque soir dans leur enclos, comment faire ? Les soulever et les déplacer ? Possible lorsqu’elles sont encore petites, mais une fois adultes, elles pèsent plusieurs dizaines de kilos, voire pour certaines espèces jusqu’à plusieurs centaines de kilos ! En Angleterre (et dans de nombreux zoos), les soigneurs les ont entraînées à rentrer spontanément (en partie grâce à la méthode du clicker training), et aujourd’hui, elles rentrent rapidement – enfin, cela reste tout de même des tortues…

Les connaissances scientifiques sur le bien-être des animaux se sont considérablement améliorées ces dernières années, les méthodes d’enrichissement également et peuvent prendre de nombreuses formes. Comme dans les exemples cités ci-dessus, l’entraînement des animaux est un atout essentiel, mais d’autres facteurs ont également leur importance, comme les aménagements des enclos ou les enrichissements fournis aux animaux de façon régulière ou ponctuelle. En Italie par exemple, des suricates profitent parfois d’une piscine à boules !

S’assurer du bien-être des animaux dont nous avons la charge, c’est avant tout promouvoir des valeurs d’éthique et de respect. Il est nécessaire d’approfondir les recherches scientifiques, et notamment pour les espèces que l’on connait encore peu tels les poissons, mais surtout il est indispensable d’appliquer les connaissances déjà disponibles dans la gestion quotidienne des animaux. Ainsi, quelle que soit la taille du parc, qu’il soit affilié ou non à l’EAZA, quelles que soient les espèces concernées, les zoos doivent utiliser aussi bien les méthodes d’évaluation du bien-être que les nombreuses techniques existantes pour assurer la bonne santé physique et mentale de leurs pensionnaires. Le bien-être animal est un prérequis essentiel dans les zoos d’aujourd’hui.

 

Pour comprendre les animaux, faut-il les étudier en parcs zoologiques ou en milieu naturel ?

Comment savoir ce que pense votre chien, une girafe ou un éléphant ? Comment les comprendre et les préserver si nous ne les connaissons pas ? Les animaux qui nous entourent, même s’ils n’ont pas un langage verbal similaire au nôtre, peuvent néanmoins nous donner beaucoup d’informations, sur leur mode de vie et leurs besoins.

Comme dit précédemment, les animaux sont en premier lieu des êtres qui vivent dans un habitat spécifique, et nombreux de leurs comportements (recherche de nourriture, mode de déplacement, cris d’alarmes, vie en solitaire ou en groupe, etc.) sont des adaptations résultant des interactions avec leur milieu. Ainsi, connaître leur habitat est essentiel pour mieux les comprendre, et pour interpréter leurs comportements. Les animaux s’expriment au travers de leurs comportements, que ce soit avec leurs congénères (une étude récente sur les lycaons, un carnivore d’Afrique, montrent que ceux-ci peuvent « voter » une décision de groupe en éternuant), ou avec d’autres espèces (votre chat ou votre chien, lorsqu’il a faim, saura très bien vous le faire comprendre !). Ainsi, le milieu de vie et ses comportements doivent être étudiés, et une meilleure compréhension viendra d’une étude commune, aussi bien dans la nature qu’en parcs zoologiques.

Les zoos utilisent chaque jour des ressources scientifiques pour s’occuper de leurs animaux, basée aussi bien sur des données observées en milieu naturel (aménagements d’enclos, constitution des groupes, relations sociales entre congénères, nutrition, etc.) que sur des données obtenues en parcs zoologiques (reproduction et contraception, techniques de training, nutrition, etc.). Pour les chercheurs, c’est une opportunité d’avoir accès à des animaux ou à des comportements parfois difficiles à suivre sur le terrain (animaux nocturnes, études cognitives, etc.) : les bénéfices sont donc mutuels !

EAZA_Resaerch groupL’EAZA, en partenariat avec le BIAZA (British & irish Association of Zoos and Aquarium), mène et soutient des projets de recherches, comme par exemple sur les effets des contraceptifs (pour les animaux non reproducteurs, quel type de contraception choisir, quels sont les effets secondaires, etc.), largement utilisés pour assurer des populations captives pérennes et génétiquement variées. En sus de ces recherches appliquées, les zoos s’impliquent également dans les études menées sur le terrain.

EAZA-Journal of Zoo and Aquarium Research

Pour que ces connaissances soient partagées et accessibles au plus grand nombre, il est nécessaire que ces études soient publiées dans des revues spécialisées, et accessibles facilement (aujourd’hui, la majorité des journaux scientifiques sont disponibles en ligne, mais payants). Dans cet objectif, l’EAZA a créé un journal dédié à ces recherches appliquées, le « Journal of Zoo and Aquarium Research ». Il s’agit d’une revue scientifique « peer-reviewed » (les articles sont lus et validés par des pairs avant publication) et en accès totalement gratuit, puisque c’est l’association qui prend en charge les frais de publications et d’édition de la revue.

Ainsi, notre compréhension des animaux devient d’autant plus exhaustive et précise en synthétisant les observations effectuées en milieu naturel et en parcs zoologiques. Les activités de recherche, qui font partie des missions des zoos, sont plus que jamais indispensables pour protéger la faune et la flore. Les différentes ressources scientifiques sont sans conteste des outils précieux pour la gestion des animaux en captivité, et la connaissance des espèces est un prérequis pour assurer le bien-être de ces animaux.

 

Les zoos s’engagent vers une démarche de formation professionnelle continue

Zookeeper TrainingLes zoos modernes ont de nombreux défis à relever : il s’agit d’assurer à la fois le bien-être des animaux présents, de gérer au quotidien le maintien et l’élevage d’animaux sauvages en toute sécurité, de contribuer activement à la préservation de la faune et flore, de satisfaire les attentes des visiteurs et de conserver un équilibre budgétaire. Cela nécessite des compétences interdisciplinaires, complémentaires, et une équipe solidement formée, dynamique, efficace, motivée et créative.

Derrière cet acronyme compliqué, l’objectif est 1) identifier les compétences clés requises pour travailler dans un zoo de l’Union Européenne, 2) concevoir des modules de formation afin que les soigneurs-animaliers puissent se former ou se perfectionner pour faire face à de nouveaux projets dans leur carrière professionnelle.

Ce système permet :

  • EAZA_Zookeeper trainingD’évaluer ses compétences
  • De se faire évaluer par sa hiérarchie
  • De définir un planning de montée en compétences
  • D’accéder aux ressources thématiques dédié pour une formation initiale ou continue
  • De définir un socle de connaissances commun pour les instituts de formation

A Emmen, la session dédiée à ce projet a réuni un large public, qu’il s’agisse de responsables animaliers, de soigneurs animaliers, de directeurs de zoos et de formateurs professionnels et a accueilli un accueil très favorable.

Les zoos sont en constante évolution, qui résulte aussi bien de l’amélioration des connaissances scientifiques de la faune et de la flore, que des attentes des visiteurs et plus largement de la société. Il apparaît donc évident que les professionnels des zoos soient les premiers à bénéficier d’une formation spécialisée et renforcée pour garder une expertise et un savoir-faire qui permettra aux institutions d’assurer des standards élevés aussi bien pour les animaux que pour les visiteurs.

[ Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site dédié au projet : zookeeper.eu ]

 

Les zoos réduisent leurs empreintes énergétiques en appliquant l’éco-conception des bâtiments

Pour la 1ère fois cette année, plusieurs ateliers de la conférence étaient dédiés au développement durable : en effet, agir en faveur de la biodiversité va de pair avec une gestion durable et écoresponsable des ressources utilisées par les zoos. Avec des centaines d’animaux à nourrir et à entretenir chaque jour et des milliers de visiteurs chaque année, les zoos ont un rôle majeur dans l’utilisation des énergies renouvelables, le recyclage de l’eau, la gestion des déchets, du plastique, etc. Pour des raisons d’économies, de dépenses énergétiques, mais aussi pour des raisons éducatives, les zoos modernes se doivent de limiter leur empreinte énergétique au minimum.

Le WILDLANDS Adventure, ouvert en 2016, s’étend sur 22 hectares, et est composé de quatre biomes thématiques, où les visiteurs peuvent découvrir aussi bien les régions polaires que la jungle équatoriale. Et tout cela, dans une installation neutre en carbone et à haut rendement énergétique !

EAZA_sustainibility workshop

Lors des ateliers, les nombreux participants et les plus nombreuses questions encore (création d’enclos, rénovations, retours d’expériences, coûts, législation, etc.) témoignent de l’intérêt grandissant de la communauté des zoos sur ces questions devenues majeures. D’autres rencontres et ateliers sont déjà programmés pour mieux connaître, comprendre et appliquer ces techniques.

Quoiqu’il en soit, n’oublions pas que le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas !

 

Les animaux présents dans les zoos ont-ils tous vocation à être relâchés dans la nature ?

C’est une question – légitime – qui revient souvent : les singes, les tigres, les gazelles ou les oiseaux visibles dans les parcs seront-ils un jour relâchés ? Les zoos mettent en effet souvent l’accent sur l’importance de conserver des populations viables, pérennes avec une grande diversité génétique. Ceci peut laisser penser que ces animaux retrouveront un jour leur milieu de vie naturel (et non originel puisque ces animaux sont majoritairement nés en captivité). Bien que cela reste un des objectifs des zoos, les programmes de réintroduction sont particulièrement difficiles à mettre en œuvre, puisque de nombreux facteurs doivent être réunis avant d’étudier cette possibilité :

  • l’habitat initial doit être conservé ou restauré (la déforestation est par exemple souvent une menace majeure) ;
  • les menaces ayant conduit à la raréfaction ou à la disparition de l’espèce doivent avoir disparues ou ne plus présenter de danger pour l’espèce (braconnage, maladie, etc.) ;
  • la population locale doit être impliquée et en accord avec le projet (les réintroductions d’ours en France, ou le cas récent du bison abattu en Allemagne nous rappellent combien cette question peut être délicate) ;
  • les animaux sélectionnés doivent être parfaitement sains et capables de s’adapter (santé physique et mentale, pas d’hybrides, etc.).
  • l’aspect financier a aussi son importance (mise en œuvre logistique, déplacement des animaux, suivi des populations, etc.)

Malgré ces contraintes, plusieurs programmes de réintroduction et/ou translocation d’animaux sont chaque année soutenus et mis en œuvre par les zoos et par l’EAZA.

Des escargots des Bermudes (Poecilozonites sp.) aux panthères des neiges (Panthera pardus orientalis, planifié pour 2019), en passant par les oryx algazelles (Oryx dammah) du Tchad et les rennes des forêts eurasiennes (Rangifer tarandus fennicus) de Finlande, ce sont 78 projets de translocations (déplacements d’animaux) ou de réintroduction qui sont en cours. L’Europe n’est pas en reste puisque 42 de ces projets concernent des espèces vivant sur notre continent.

EAZA_Reintroduction animals

Aujourd’hui, tous les continents sont malheureusement concernés par une diminution de la faune et la flore. Les animaux présents dans les zoos aujourd’hui, plus que des candidats au replacement, sont des ambassadeurs de leurs cousins sauvages. Parce qu’il est quasiment impossible de réintroduire une espèce après son extinction dans la nature – bien souvent car ce milieu naturel a lui aussi disparu, il faut intensifier et coordonner nos efforts en amont, en laissant un espace de vie pour les êtres espèces, et dont l’être humain bénéficie bien souvent. Sans aller à l’autre bout de la planète, les abeilles ou les forêts, rendent des services écologiques (pollinisation, absorption du CO²) qui sont aussi des services économiques (fruits et légumes, dépollution). Partout, nous devons réfléchir à notre impact pour conserver, pour nous aussi, un milieu de vie durable.

 

L’EAZA alerte sur la disparition drastique des oiseaux chanteurs en Asie

Un des rôles des zoos est justement de nous faire prendre conscience de la biodiversité qui nous entoure, de l’équilibre qui permet aux nombreuses espèces de vivre ensemble. Aujourd’hui, en Asie, des milliers d’oiseaux chanteurs sont vendus chaque année sur les marchés. Ces oiseaux ont très peu de chances de survie, et les captures se font toujours plus nombreuses dans les forêts. Le déclin des populations de plusieurs espèces de ces oiseaux déjà en danger d’extinction s’accentue ces dernières années. L’EAZA a ainsi décidé de joindre ses forces aux ONG déjà impliquées, telles que TRAFFIC ou BirdLife International – Asia, en organisant une campagne majeure de sauvegarde dans les zoos en 2018 et 2019.  Plusieurs représentants de Malaisie, d’Indonésie et du Vietnam étaient d’ailleurs présents à la conférence, rappelant ainsi la volonté politique de ces pays d’enrayer ce trafic illégal.

Pour ne pas que la forêt devienne silencieuse, vous aussi, participez à ce projet !

Silent Forest - Asian Songbird Crisis

www.silentforest.eu

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La prochaine conférence EAZA aura lieu en septembre 2018 en Grèce.

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[1] Il peut exister de rares exceptions, et ces prélèvements sont décidés en accord avec les autorités locales, les ONG de conservation et les autorités du lieu d’accueil.

[2] IUCN Red List : Taxons Hoolock, Nomascus et Hylobates

 

A propos de l’auteur : 

Amélie RomainJ’ai partagé pendant plusieurs années mes activités entre recherche (doctorat en biologie – éthologie), missions de terrain en Afrique dans des parcs nationaux (Gabon, Congo) et dans différents zoos européens – France, Allemagne, Ecosse – (gestion de collection et projets de recherche). Je suis aujourd’hui directrice d’AKONGO – Wildlife connection, pour accompagner les zoos qui ont à cœur d’améliorer sans cesse leurs établissements, les conditions d’hébergement et d’élevage des animaux, soucieux du bien-être des animaux, en assurant des formations personnalisées (Bien-être animal, aménagements d’enclos, science et recherche) pour les équipes impliqué quotidiennement dans le maintien et la gestion des animaux présentés.

 

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