Carnet rose au vivarium du Zoo de Bâle

Au vivarium du Zoo de Bâle, les visiteurs peuvent actuellement admirer des embryons de requins. La présentation des méthodes de reproduction si variées des poissons est l’une des tâches majeures du vivarium. Tout est donc mis en œuvre pour élever le plus grand nombre d’espèces possible.

© Zoo de Bâle

Après deux ans sans naissance, l’aquarium 8 du vivarium du Zoo de Bâle accueille à nouveau des œufs de 6 cm de long appartenant à des roussettes. Parfaitement transparents, ces œufs permettent de voir les embryons de requins qui s’y développent pendant près de neuf mois avant l’éclosion. Aussi appelés «bourses de sirènes», ces ravissants œufs de requins sont constitués d’une substance très solide similaire à de la corne et présentent des fils en spirales d’environ 80 cm de long. Or ces fils font quasiment office de dispositif de fixation autonome: les femelles pondent leurs œufs en frôlant les fonds marins le long de coraux cornés et d’algues. Les fils en question, qui s’échappent de l’orifice génital, se fixent dans ces fonds, expulsant l’œuf du ventre de la mère pour le loger immédiatement dans son nouvel habitat. Les bébés naissent entre cinq à onze mois plus tard. À travers les bourses de sirènes, on peut très bien les observer pendant tout leur développement.

Assister à la formation d’un requin
Contrairement aux œufs de poule, ceux des roussettes sont transparents et offrent une vue imprenable sur le bébé qu’ils abritent, comme à travers une vitre. On peut donc suivre la formation des yeux, de même que la transformation des branchies ou encore l’approvisionnement de l’embryon en sang et en substances nutritives via le cordon ombilical. L’élevage d’animaux comme les roussettes est extrêmement enrichissant pour la science, car il permet d’aborder plusieurs sujets à la fois, comme la reproduction, l’embryologie ou encore l’ichtyologie.

© Zoo de Bâle

Comment mettre des poissons en condition
Mais les requins sont loin d’être la seule espèce élevée au vivarium. De nombreux poissons d’eau douce et de nombreux poissons d’eau de mer y sont élevés. Le «feeling» des soigneuses et soigneurs joue un rôle considérable: la plupart des poissons ont des comportements très différents en matière de reproduction et ont donc des exigences très diverses quant à leur environnement (c’est-à-dire l’aquarium et sa gestion). Pour procéder à un élevage, il faut impérativement identifier ces besoins et y répondre avec beaucoup de compréhension en adaptant les conditions de vie dans l’aquarium. Ainsi, les soigneurs sont amenés à imiter la saison des pluies en ajoutant de l’eau douce distillée, à reproduire les eaux acides des forêts inondables tropicales ou à créer pour leurs petits protégés des fonds spéciaux sur lesquels ils pourront frayer. Parfois, une éponge de nettoyage, une serpillière ou une guirlande de Noël font l’affaire, et remplacent efficacement le bosquet végétal. Dans la nature, les characins arroseurs frétillent à la surface de l’eau et pondent leurs œufs dans l’air, en dessous de plantes palustres. Dans l’aquarium, cette fonction est assurée par une plaque en plexiglas sur laquelle sont collées des plantes synthétiques, ce qui permet d’élever davantage de poissons que sous une vraie feuille. Ce savoir-faire accumulé depuis des dizaines d’années au vivarium sera plus tard très utile à l’Ozeanium.

Un peu plus, c’est possible?
Que faire alors que chaque portée s’accompagne invariablement de pertes? Produire plus n’est pas une mauvaise idée. Le turbot pond ainsi jusqu’à neuf millions d’œufs en une fois. Mais le nombre d’œufs que la femelle est capable de pondre dépend de sa taille. Chez les poissons, il est donc fréquent que la femelle soit plus grosse que le mâle. Quant aux petites espèces, elles résolvent le problème en pondant des œufs aussi petits que possible. En conséquence, l’œuf ne contient que peu de vitellus (jaune d’œuf) et les bébés naissent à un stade de développement prématuré. Ils sont donc relativement maladroits et vulnérables, et se font ainsi dévorer en grands nombres. Il ne reste qu’une seule chose à faire: produire encore plus. Les poissons sont en règle générale des stratèges dits «r», à savoir qu’ils présentent des taux élevés de reproduction mais des taux tout aussi élevés de mortalité. Souvent, les populations de stratèges «r» se remettent très vite d’un événement dévastateur. À l’inverse, les stratèges «k» (comme de nombreux mammifères) se reproduisent peu mais minimisent leur taux de mortalité en protégeant la couvaison.

© Zoo de Bâle

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