Le dernier requin marteau de Nausicaa est mort

Nausicaá a annoncé la mort de son dernier requin-marteau halicorne. Ce mâle était le dernier survivant de la trentaine de requins-marteaux juvéniles prélevés en 2011 et en 2018.

© Nausicaa

Il y a trois semaines, les soigneurs de Nausicaá ont remarqué que le requin marteau ne s’alimentait plus régulièrement. Il avait été décidé de le placer dans un bassin d’isolement afin de mieux l’observer et de lui prodiguer tous les soins nécessaires. Malgré les efforts et le dévouement de l’équipe aquariologique, l’état du requin marteau ne s’est pas amélioré. Cet événement est particulièrement triste pour Nausicaá.

Arrivé à Nausicaá il y a 8 ans, le requin marteau provenait de la côte Nord-Est de l’Australie avec l’accord et sous le contrôle des autorités australiennes. Nausicaá avait fait le choix de prélever ce requin marteau à un stade juvénile avant que la sélection naturelle ne s’opère pour limiter l’impact de ce prélèvement.

C’est en 2011 que vingt jeunes individus ont été prélevés en Australie. Malheureusement, dix-neuf des vingt requins-marteaux mourront. Alors en avril 2018, sept ans après le premier cheptel, dix nouveaux bébés requins-marteaux débarquent à Boulogne en provenance d’Australie mais le sort s’acharne : neuf de ces dix individus meurent à leur tour. Nausicaá ne s’attendait pas à un tel taux de mortalité entre la prédation et les maladies mais il n’est plus question d’en faire venir de nouveaux requins marteaux à Nausicaá. La perte de ces animaux représentent également une perte financière. En janvier 2019, la presse locale parlait de près de 900.000€.

Sensibiliser le public
La présence du requin marteau à Nausicaá avait pour mission de sensibiliser les visiteurs à la beauté et à la fragilité de cet animal, de mieux le connaître et observer ses comportements pour apprendre à le protéger encore mieux dans son milieu naturel. Le requin marteau est une espèce fortement menacée, notamment à cause de la pêche à l’aileron et du braconnage qui entraînent une forte diminution de sa population.

Sur le terrain, Nausicaá soutient le travail de la Fondation Malpelo qui lutte contre la pêche illégale qui décime les populations de requins marteaux. Nausicaá est engagé aux côtés de la Fondation Malpelo dans un grand projet de marquage de ces requins, afin de suivre leurs déplacements. Grâce aux balises acoustiques et satellites posés sur les requins, les chercheurs en apprendront plus sur leur comportement migratoire, sur l’évolution de leur population, et pourront prendre des mesures en faveur de leur protection.

Frédéric Cuvillier, Maire de Boulogne-sur-mer réagit

A l’heure où l’Organisation des Nations Unies va publier son rapport sur la Biodiversité, rapport alarmant qui fait état de l’extinction probable, dans les prochaines décennies, d’1 million d’espèces animales et végétales. Notre responsabilité collective est de mener combat contre la 6ème « extinction de masse » prédite par les scientifiques du monde entier.

Nausicaa, Centre National de la Mer à Boulogne-sur-Mer, n’est pas seulement le plus grand aquarium d’Europe. Sa mission première, et c’est ce qui le rend unique au monde, est la protection et la préservation de la faune et flore marines. Acteur du réseau « Ocean Mondial », Nausicaa est reconnu notamment pour ses programmes de reproduction qui permettent de sauvegarder des espèces menacées. Chaque année près de 3000 naissances ont lieu au Centre National de la Mer, véritable réserve de la biodiversité Marine. La recherche entreprise depuis plus de 27 ans au Centre a notamment permis de mettre au point des techniques de référence dans la reproduction des coraux, qui sont ensuite réimplantés dans le milieu marin.

Parmi les espèces menacées, la situation des requins-marteaux est particulièrement préoccupante, sa population décline de jour en jour. Les connaissances scientifiques sur les requins-marteaux sont très limitées, et nous font craindre une extinction rapide de l’espèce. Notre devoir, notre responsabilité collective vis a vis des générations futures est de tout faire pour sauver cette espèce, placée tout en haut de la chaîne alimentaire, et donc essentielle à l’équilibre des populations marines.

Pour réussir ce défi, la nécessité absolue est d’approfondir les connaissances scientifiques sur cette espèce, comprendre ses mécanismes de reproduction, pour la maîtriser et la développer en aquarium, condition sine qua non à sa sauvegarde. C’est pourquoi, j’ai demandé lors du Conseil d’Administration, qu’à l’initiative de Nausicaa, une rencontre des spécialistes, experts, aquariologistes mondiaux puisse avoir lieu afin de procéder à un état des lieux des connaissances, et constituer un comité scientifique et éthique qui permettra la mise en place d’un plan d’action d’ampleur pour la sauvegarde de l’espèce.

Il faut faire progresser la recherche et la connaissance pour permettre la reproduction. Sans cela, nous n’arriverons pas à éviter la disparition programmée de cette espèce dans son milieu naturel.
Nous avons l’impérieuse nécessité de réussir ce défi collectif et planétaire.

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