Nausicaa s’engage auprès de tous les acteurs de la préservation

La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), qui s’est réunie du 29 avril au 4 mai à Paris, publie un rapport alarmant sur l’état de la nature. Plus de la moitié de l’océan est dégradé. Nausicaa s’engage auprès de tous les acteurs de la préservation des océans pour renforcer les actions de conservation et la sensibilisation du public.

Un cri d’alerte : la nature subit un déclin sans précédent
La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques a publié lors de sa 7ème session plénière son rapport élaboré par 145 experts issus de 50 pays, avec des contributions additionnelles apportées par 310 autres experts. Ce rapport évalue les changements touchant la biodiversité au cours des cinq dernières décennies et évalue la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Selon ses conclusions, on assiste à un taux d’extinction des espèces « sans précédent » et qui s’accélère. 1.000.000 d’espèces sont menacées d’extinction. Cette érosion de la biodiversité provoque dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier en affectant leur sécurité alimentaire, leur santé, l’économie, les moyens de subsistance et la qualité de vie dans le monde entier.

Environ 66 % du milieu marin a été significativement modifié par l’Homme. L’influence des activités humaines est visible des écosystèmes côtiers jusqu’aux grands fonds marins. Seuls 3 % de l’océan mondial est décrit comme préservé de toute pression humaine en 2014 ! Or l’océan est à la base des équilibres de la vie sur Terre. Il fournit de l’oxygène grâce au plancton végétal, intervient dans le cycle de l’eau et la régulation du climat. Les êtres humains en dépendent au niveau alimentaire et pour de nombreuses activités économiques telles que la pêche, le tourisme, le transport maritime, les énergies offshores, les biotechnologies marines à l’origine de produits précieux pour notre santé et nos industries.

Nausicaa a pour mission la sensibilisation du public aux liens qui unissent l’Homme et l’océan. Mieux comprendre les caractéristiques de l’environnement marin, son évolution et l’impact des bouleversements qui le touche est une priorité. En tant qu’aquarium et centre de science, Nausicaa mène avec ses partenaires de nombreuses actions dans et hors de ses murs pour atteindre ces objectifs : recherche sur la biologie des espèces marines, étude de leur environnement et de leur reproduction, sensibilisation, organisation d’évènements scientifiques et éducatifs, expositions, publications, participation et financement de programmes de conservation dans le milieu naturel pour des espèces particulièrement menacées comme les manchots du Cap, les pinnipèdes, les récifs coralliens… Nausicaa se fait le relais du cri d’alerte lancé par l’IPBES qui doit être entendu par les décideurs, les professionnels, mais aussi tous les citoyens, en particulier les jeunes

L’océan dégradé
Le rapport classe par ordre décroissant les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et qui ont les plus forts impacts à l’échelle mondiale : (1) les changements d’usage des terres et de la mer ; (2) l’exploitation directe de certains organismes ; (3) le changement climatique ; (4) la pollution et (5) les espèces exotiques envahissantes.

L’impact du changement climatique devrait augmenter au cours des décennies à venir et, dans certains cas, surpasser l’impact des autres facteurs de pression. Même avec un réchauffement de la planète de 1,5 à 2 °C, la majorité des aires de répartition des espèces terrestres devrait se contracter de manière importante. L’acidification des océans, liée à l’absorption de dioxyde de carbone affecte également les eaux marines, notamment dans la région Arctique.

Le rapport de l’IPBES prévoit une diminution de la production primaire nette des océans due au changement climatique de 3 à 10 % d’ici la fin du siècle. La diminution de la biomasse de poissons d’ici la fin du siècle selon les scénarios de réchauffement climatique bas et haut s’établirait entre 3 et 25 %. Il constate également que la pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980 affectant au moins 267 espèces dans l’océan dont 86 % des espèces de tortues marines, 44 % des oiseaux marins et 13 % des mammifères marins. Cette pollution aux plastiques peut potentiellement affecter la santé humaine par le biais des chaînes alimentaires lorsque l’on consomme un animal qui a ingéré du plastique.

Environ 300-400 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux du monde et les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 « zones mortes » dans les océans, ce qui représente environ 245.000 km2, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni.

Des conséquences pour la vie marine et les sociétés humaines
De nombreuses espèces aquatiques et marines pourraient disparaître : plus de 40 % des espèces d’amphibiens, 33 % des requins et des espèces proches et plus d’un tiers de tous les mammifères marins.

Environ 50 % de la couverture des récifs coralliens a disparu depuis les années 1870 et près de 33 % des récifs coralliens sont actuellement menacés. Entre 1970 et 2000, on a également constaté à chaque décennie une diminution de l’étendue des herbiers marins supérieure à 10 %.

La sécurité même des sociétés humaines est menacée par ces dégradations : de 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru d’inondations et d’ouragans en raison de la perte d’habitats côtiers et de leur protection. Les conséquences sont bien sûr aussi économiques (impact sur les communautés côtières qui vivent de la pêche et du tourisme).

Plus de 55 % de la zone océanique est exploitée par la pêche industrielle. En 2015, 33 % des stocks de poissons marins ont été exploités a?? des niveaux non durables ; 60 % l’ont été au niveau maximum de pêche durable et seulement 7 % à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable. La sécurité alimentaire de nombreuses communautés est liée à la pêche – en effet plus de 90 % des pêcheurs professionnels mondiaux relevant de la pêche à petite échelle (soit plus de 30 millions de personnes). La gestion des ressources halieutiques est donc une priorité alors qu’en 2011, jusqu’à 33 % des prises de poissons dans le monde étaient signalées comme étant illicites, non déclarées ou non réglementées.

Une réponse mondiale est nécessaire
Pour les spécialistes de l’IPBES, la réponse mondiale actuelle est insuffisante : des « changements transformateurs sont nécessaires pour restaurer et protéger la nature. Les intérêts particuliers doivent être dépassés pour le bien de tous ».

« Le rapport nous dit aussi qu’il n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial », déclare Sir Robert Watson. Grâce au « changement transformateur », la nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable – ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux. » Des actions sont certes entreprises. Dans les îles, plus de 107 espèces d’oiseaux, de mammifères et de reptiles très menacées ont bénéficié de l’éradication des espèces mammifères envahissantes. Les experts constatent également que dans 109 pays, la réduction moyenne du risque d’extinction pour les mammifères et les oiseaux a été réduite de 29 % grâce aux investissements réalisés pour la conservation de 1996 à 2008.

Pour les écosystèmes marins, le rapport souligne les axes permettant de lutter contre l’érosion de la biodiversité : des approches écosystémiques de la gestion des pêches, l’aménagement du territoire, des quotas efficaces, des zones marines protégées, la protection et la gestion des zones clés de la biodiversité marine, la réduction de la pollution par ruissellement dans les océans et une étroite collaboration avec les producteurs et les consommateurs.

Afin de soutenir les actions de préservation, Nausicaa s’engage à sensibiliser et incite chacun à agir à son niveau. Le Centre permet l’échange des expériences et des bonnes pratiques, éduque et informe, fait comprendre la complexité des interactions entre les activités humaines et l’océan. Il accompagne également les programmes de conservation et l’établissement de zones protégées, et soutient le développement d’un mode de gouvernance des océans durable et équitable.

Récifs coralliens, un enjeu pour l’humanité

Un épisode de blanchissement majeur est en cours sur les récifs coralliens de l’Archipel de la Société en Polynésie française. Ce phénomène directement lié aux changements climatiques et à l’augmentation de la température des océans, peut rapidement être fatal aux coraux.

© Alexis Rosenfeld

Nausicaa est partenaire de l’expédition d’Alexis Rosenfeld, photojournaliste du monde sous-marin, actuellement en expédition en Polynésie Française et témoin de ce phénomène sans précédent.

Alexis Rosenfeld procède à ces observations aux côtés de spécialistes mondiaux des écosystèmes coralliens et les scientifiques du CRIOBE – Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement, basé à Moorea, qui étudient les capacités de résilience du corail. Ces analyses permettront d’effectuer un suivi précis et de déterminer l’impact réel du phénomène actuel sur l’archipel et d’estimer ainsi la mortalité des coraux.

Des coraux essentiels pour l’humanité
Ils couvrent moins de 1 % de la surface des océans mais offrent abri et nourriture à des centaines de milliers d’espèces et jouent un rôle de nurserie pour les poissons du grand large. L’homme aussi profite de leurs bienfaits. En fixant du carbone pour élaborer leur squelette, les coraux interviennent dans le cycle du CO2, principal gaz à effet de serre. Les barrières récifales protègent les côtes et limitent l’érosion en absorbant 70 à 90 % de la force des vagues. De nombreuses activités économiques comme la pêche, l’aquaculture, et le tourisme dépendent de ces jardins sous-marins. La diversité des espèces récifales représente aussi une véritable « banque de gènes » où l’on découvre déjà des molécules précieuses pour l’industrie et la médecine de demain. Mais ce milieu est vulnérable au réchauffement climatique, à la pollution et à la dégradation liée aux activités humaines. Selon l’Initiative internationale pour les récifs coralliens (ICRI), 19 % des récifs coralliens sont morts ou sérieusement dégradés et plus de 60 % sont menacés. La France, qui possède le 3ème territoire corallien du monde avec ses territoires d’outre-mer est en première ligne face à cette catastrophe écologique. Se mobiliser pour préserver les récifs coralliens est possible. La création d’aires marines protégées ou la restauration des massifs de coraux sont déjà mises en œuvre dans de nombreux pays. L’homme pourra ainsi continuer à bénéficier des innombrables services prodigués par les récifs de coraux tout en s’émerveillant de leur beauté.

Changement climatique
L’Océan est au cœur de la gigantesque machine climatique mondiale. Mais l’immensité océanique et l’incroyable diversité des espèces qu’elle abrite sont aujourd’hui affectées par le dérèglement climatique, et c’est l’ensemble de l’équilibre naturel de la Terre qui est perturbé. Tout notre mode de vie subit l’impact de ces phénomènes : santé, sécurité, alimentation, économie, habitat, culture, emploi… La Planète bleue possède pourtant un immense potentiel pour nous aider à retrouver un équilibre naturel et l’Océan peut être à la base d’innovations et d’activités porteuses d’espoir pour l’avenir.

L’humanité peut modifier sa façon de voir le monde et peut restaurer les équilibres naturels, mieux utiliser les ressources, dépolluer.

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