Déclaration de l’EAZA sur le projet de vente du Zoo de Pont-Scorff

L’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA) a appris avec surprise et inquiétude qu’un consortium de droits des animaux se faisant appeler «Rewild» est en train d’acheter le Zoo de Pont-Scorff en France.

Cette coalition a déclaré son intention de réintroduire tous les animaux actuellement hébergés au Zoo de Pont-Scorff dans les pays où l’espèce peut être trouvée à l’état sauvage. Ils ont en outre déclaré qu’ils avaient l’intention d’utiliser le Zoo comme centre de réhabilitation pour des animaux confisqués par les autorités françaises avant que ces animaux ne soient également réintroduits dans la nature.

L’EAZA est en contact avec l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ) pour mieux comprendre la situation, et comprend que la vente du zoo n’est pas encore finalisée; cependant, face aux appels au don de la coalition Rewild pour le financement de leur projet, l’EAZA se sent obligée de publier une déclaration pour souligner ces graves préoccupations.

Pont-Scorff est un zoo agréé en vertu de la directive sur les zoos de l’UE et membre à part entière de l’EAZA. Dans le cadre d’un programme cyclique, le zoo doit être inspecté par une équipe d’accréditation EAZA en 2020 pour s’assurer qu’il répond aux normes élevées de l’EAZA par rapport aux soins et au bien-être animal, de contribution à la conservation, d’éducation à la conservation et de recherche scientifique.

Les zoos respectant ces normes contribuent fortement à la protection de la biodiversité grâce à une approche factuelle de la conservation des espèces et sont reconnus par les organismes internationaux de conservation comme un élément important de la communauté de la conservation.

L’EAZA gère collectivement plus de 200 programmes pour les espèces menacées (EAZA Ex Situ Programs ou EEP) visant à maximiser l’efficacité de conservation des populations durables de chaque espèce dans l’ensemble des quelque 350 zoos et aquariums membre de l’EAZA. Beaucoup d’animaux à Pont-Scorff font partie des programmes EEP, et les décisions quant à l’endroit où ces animaux peuvent être hébergés ou transférés doivent toujours être prises collectivement par des panels spécialisés basés sur les besoins génétiques, démographiques et individuels des animaux.

La réintroduction est sans aucun doute un élément important de la conservation, et l’EAZA possède une expertise importante dans ce domaine. Des décennies d’expérience ont permis d’apprendre que les réintroductions doivent être effectuées de manière globale, visant à ce qui est bon pour les populations d’espèces dans leur ensemble, et doivent impliquer les parties prenantes, y compris les écologistes, les acteurs politiques et les communautés locales dans les États de l’aire de répartition. Ce sont des opérations complexes qui ne doivent pas être menées à la légère, et certainement pas à des fins d’idéologie ou de relations publiques.

Pour les projets de réintroduction, l’EAZA suit de près les lignes directrices pour les réintroductions et les transferts publiées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), l’organisation de conservation la plus grande et la plus efficace du monde. Ces lignes directrices indiquent clairement:

1. Les projets de réintroduction doivent être entrepris en sachant que le succès prendra des décennies et que les taux de mortalité des animaux réintroduits seront inévitablement élevés (jusqu’à 70% dans certains cas, même avec une bonne protection et une bonne supervision).

2. Les sites de réintroduction doivent être choisis avec soin afin de ne pas introduire de nouveaux animaux dans un écosystème qui ne peut pas les accueillir ou qui sera endommagé par leur introduction. Des animaux mal placés peuvent détruire des populations entières d’espèces sauvages indigènes et endommager irréversiblement leur écosystème.

3. Les animaux choisis pour la réintroduction devraient apporter un avantage de conservation démontrable en améliorant le profil génétique ou démographique de la population à laquelle ils se joindront.

Le plan de Rewild ne montre aucune compréhension de ces principes et aucune intention d’engager des experts dans le domaine ou des ONG de conservation sur le terrain. L’EAZA annonce les conséquences de cette action:

1. Les animaux qui seront transférés dans des zones qui ont déjà atteint la capacité maximale de l’espèce (en raison de la perte d’habitat, du braconnage ou d’autres facteurs humains) courent un risque très élevé de mourir de faim, d’être tués par des prédateurs ou des concurrents, ou d’être tués par des humains. .

2. Les animaux qui seront transférés dans des zones sous la gestion d’ONG de conservation bouleverseront les plans détaillés de ces projets et mettront en péril leur succès. Les centres de sauvegarde dans les États de l’aire de répartition sont généralement surchargés et ce projet ne fera probablement qu’ajouter à la pression qu’ils subissent.

3. L’investissement requis pour réintroduire chaque animal à Pont-Scorff s’élèverait à des millions d’euros, à dépenser pour la formation des animaux, le transport des animaux et le suivi des animaux sur des décennies pour assurer le succès du projet. À moins qu’il n’y ait des besoins clairs pour la conservation de l’espèce, cet argent ne sera donc pas disponible pour des projets de conservation significatifs qui ont souvent sérieusement besoin de ressources pour soutenir leur travail.

Rewild informe le public que le site deviendra «le seul centre de sauvegarde aux animaux confisqués en France». Cette affirmation est manifestement fausse. Les membres de l’EAZA, y compris les zoos français, ont soutenu les autorités dans leurs efforts de sauvetage en offrant leur expertise et en hébergeant des animaux confisqués. En effet, les recherches de la CITES ont démontré que la grande majorité des animaux confisqués sont hébergés temporairement ou définitivement dans les zoos. Ce travail est hautement spécialisé et concerne souvent des animaux psychologiquement perturbés ou en mauvaise santé physique; encore une fois, Rewild ne comprend pas ce fait.

L’EAZA exhorte donc le public à se demander s’il veut vraiment contribuer à ce qui est un programme mal conçu. 600 000 € feraient un énorme bien pour de vrais projets de conservation, et l’EAZA demande donc aux personnes concernées d’envisager de faire des dons à des projets de conservation administrés par des professionnels et à base scientifique plutôt qu’aux rêves idéologiquement motivés des amateurs. “Les espèces animales sont en grave difficultés, nous avons besoin de solutions sérieuses si nous voulons leur assurer un avenir, et les plans de Rewild ne représentent aucune forme de pensée progressiste en matière de conservation”, indique l’EAZA.

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