Nouvelle opération de sauvetage réussie pour les varis roux à Madagascar

En décembre dernier, 3 varis roux ont été relâchés dans la forêt protégée de Farankaraina, au Nord-Est de Madagascar. Une opération de sauvetage réussie pour ces lémuriens parmi les plus menacés au monde. Ils sont désormais à l’abri de la destruction de leur habitat naturel et de la chasse.

© Bioparc

En décembre dernier, 3 varis roux ont été attrapés puis relâchés par l’ONG Antongil Conservation dans la forêt protégée de Farankaraina. Une seconde étape franchie avec succès pour la réintroduction future de varis nés en captivité. Des instants d’émotions pour les équipes de terrain qui voient leurs efforts récompensés.

Un sauvetage en plusieurs étapes
C’est un sauvetage au long court qui s’opère au cœur des forêts primaires du Nord de Madagascar. Le vari roux, lémurien endémique de l’île, avait complètement disparu de la zone forestière de Farankaraina depuis les années 40. En 2006, l’ONG malgache Antongil Conservation (fondée et soutenue par le Bioparc de Doué-la-Fontaine) obtient la gestion de la forêt de Farankaraina et entreprend d’y réintroduire l’espèce dans les 1660 hectares forestiers qu’elle protège. Un projet validé par les études scientifiques menées depuis plusieurs années par le GERP (Groupe d’Etude et de Recherche sur les Primates de Madagascar) qui ont montré l’aptitude de cet habitat à accueillir de nouveau l’espèce.

La première étape est la mise en sûreté d’un groupe de 9 varis roux repérés dans la forêt de Vilongoza, une zone forestière malheureusement vouée à disparaître en raison de la déforestation et de la culture sur brûlis. La destruction progressive des ressources et de l’habitat naturel des lémuriens impacte directement ces grands frugivores. Antongil Conservation et le GERP ont donc entrepris le sauvetage des individus en les déplaçant vers la forêt protégée de Farankaraina. En juin 2018, deux premiers varis, un mâle et une femelle, ont été capturés puis relâchés à Farankaraina. Voir vidéo ci-dessous.

Une seconde capture a eu lieu et a permis de relâcher 3 varis en décembre 2019. Une translocation parfaitement réussie grâce au protocole mis en place : capture dans la forêt de Vilongoza, examens vétérinaires et pose de colliers émetteurs, transport vers la volière d’acclimatation de la forêt de Farankaraina où les lémuriens s’habitueront durant quelques semaines aux odeurs et aux bruits de leur nouvel environnement. Puis, le relâché sous l’œil attentif des scientifiques, des membres de l’ONG Antongil et du Bioparc. Tous les animaux sont suivis par télémétrie et observation directe par l’équipe de terrain d’Antongil Conservation et le GERP.

La prochaine étape est la capture des 4 derniers varis roux présents dans la forêt menacée de Vilongoza et leur relâché à Farankaraina. En parallèle en France, la construction d’une volière isolée va débuter au Bioparc. L’objectif : permettre à un couple de varis nés en captivité de donner naissance à une descendance en limitant les contacts avec l’Homme. Ces petits pourraient être réintroduits à Farankaraina auprès des groupes préexistants. Ils seraient alors les premiers varis nés en captivité, réintroduits dans leur milieu naturel.

14 800€ ont été versés par le Bioparc de Doué-La-Fontaine et ses partenaires* pour couvrir les frais de cette seconde translocation et la mission du GERP. Il faut y ajouter l’investissement d’Antongil Conservation dont les frais de fonctionnement annuel s’élèvent à 50 000€. Ceux-ci sont financés pour 30 000 € par les entrées du Bioparc de Doué-la-Fontaine, et pour 20 000€ par son fonds de dotation Bioparc Conservation et ses donateurs*.

© Bioparc

Antongil Conservation et le Bioparc de Doué-La-Fontaine: 20 ans d’action et d’engagement
La réintroduction d’une espèce menacée nécessite une connaissance approfondie de son écosystème et des problématiques environnementales et sociétales qui y sont liées. Réintroduire des animaux implique d’identifier les causes de sa disparition, et de les solutionner. Culture, coutumes, agriculture, trafic, exploitation des ressources, pauvreté…les raisons sont nombreuses. C’est en cherchant avec les populations locales des solutions porteuses de développement et en nouant avec elles des liens durables, que le Bioparc agit pour la préservation de la faune sauvage et des écosystèmes menacés.

Le « Projet Madagascar » est né en 1999. Il fera naître chez Pierre Gay, directeur du Bioparc, une vision nouvelle du rôle de son parc animalier : organiser la cohabitation homme-animal grâce à des actions concrètes. Et c’est ce qu’il fit.

En 1999, Pierre Gay, directeur du Bioparc, et Augustin Sarovy, guide écotouristique de la région, créent l’ONG Antongil Conservation, dédiée à la conservation de la baie d’Antongil. Cette ONG est née de la volonté de montrer l’importance de la nature pour les malgaches et leurs enfants : elle fait ainsi découvrir la biodiversité aux habitants et aux touristes pour les sensibiliser à sa protection et les implique grâce à des actions locales. Par exemple, afin de stopper l’exploitation de la forêt et de permettre aux villageois d’irriguer leurs cultures, l’ONG finance l’aménagement de plusieurs micro-barrages, ramenant l’eau au cœur des cultures de riz en plaine et augmentant leur rendement.

En 2006, le gouvernement reconnaît l’importance du travail mené par l’ONG Antongil Conservation désormais dirigée par Thorel Alexis, et lui confie la gestion des 1 660 hectares forestiers de Farankaraina. Pour protéger la forêt, l’ONG se dote d’une équipe d’agents qui vont surveiller, prévenir et stopper les actions illégales, entretenir le site, effectuer le suivi de la faune et de la flore.

Pour rendre son aspect originel à la forêt, un programme de réhabilitation est lancé : grâce aux pépinières créées, l’ONG reboise les zones dégradées, les habitants replantent dans les villages, les villageois profitent des plants de rente. Entre 2012 et 2015, 17 hectares de forêts sont replantés.

Pour sensibiliser le public, l’ONG anime des émissions de radio, organise des réunions d’échange, participe à de nombreuses manifestations nationales, propose des ateliers scolaires et des sorties nature. Depuis 2003, l’ONG organise la Fête des Lémuriens afin de souligner l’interdépendance Homme-Nature. En 2013, réputé dans toute l’île, cet évènement est organisé à Maroantsetra et accueille plus de 20 000 personnes.

Pour valoriser la forêt auprès des touristes, l’association délimite une zone «écotouristique» de 150 hectares et crée des bungalows aptes à recevoir du public, organise des excursions, fait découvrir la faune et la flore.

Partenaire du Bioparc, l’association Kibouj apporte son soutien sanitaire et médical aux villages riverains de Farankaraina. Formations et aide matérielle renforcent le milieu médical local, consultations et soins sont apportés aux villageois lors de missions bénévoles.

Depuis 1999, le Bioparc de Doué-la-Fontaine a reversé 240 000€ à l’ONG Antongil Conservation, grâce aux entrées des visiteurs du parc. Outre son soutien financier, l’accompagnement quotidien du Bioparc (réflexion, administration, scientifique, voyage et formation, pédagogie) tient une place prépondérante dans les actions menées par Antongil Conservation.

Farankaraina ©Bioparc-Pierre Chabot

* Donateurs :
• Bioparc de Doué la Fontaine / FRANCE
• Fonds de dotation Bioparc Conservation / FRANCE
• Zoo de Champrépus et son association GAIA / France
• Zoo de Lisbonne / PORTUGAL
• Zoo de la Palmyre / FRANCE
• Zoo de Dublin / IRLANDE
• Tierpark Berlin / ALLEMAGNE
• Fondation Animal Research Conservation in Action (Parco Natura Viva) / ITALIE
• Parc Animalier d’Auvergne et son fonds de dotation La Passerelle Conservation / FRANCE
• Les Amis du Zoo de Lyon / FRANCE
• Spaycific Zoo / FRANCE
• Parc de l’Auxois / France
• EAZA Prosimian TAG

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