Tapir et macaque à crête investissent ensemble un nouvel espace au Zoo de Mulhouse

Après l’espace australien et l’espace asiatique, le Parc zoologique & botanique de Mulhouse présente un tout nouvel espace dans lequel cohabitent des espèces différentes qui, si elles partagent des origines géographiques communes, ne sont jamais vues ensemble en parc animalier. Un tapir malais et un macaque à crête, deux espèces menacées d’Indonésie, vivent désormais l’un auprès de l’autre et permettent aux visiteurs de s’interroger sur les menaces qui pèsent sur eux dans la nature. Ils seront très prochainement rejoints par leurs congénères.

Un nouvel espace mixte sur la route d’Asie pour deux espèces menacées

Depuis une dizaine d’années, le Parc multiplie les espaces multi-espèces dans le cadre de ses travaux de rénovation. Ainsi, un tapir malais (Tapirus indicus) et un macaque à crêtes (Macaca nigra) partagent, pour la première fois en Europe, un enclos naturel de près de 2000 m² avec plus de 60 tonnes de roches, un sol meuble et des agrès allant jusqu’à 5 m de haut pour le macaque. Le tapir, très à l’aise dans l’eau, peut profiter d’un grand bassin extérieur de 30 m³ et aussi de bassins intérieurs dans le nouveau bâtiment à ossature bois.

D’ici peu, une femelle tapir et deux femelles macaque viendront rejoindre les deux mâles déjà sur place. Ces espaces multi-espèces permettent d’augmenter la taille des enclos et ainsi créer plus de confort pour les animaux. La mixité des espèces offre un enrichissement comportemental bénéfique au bien-être animal. Les équipes de Mulhouse ont déjà pu le vérifier avec l’espace asiatique et le succès de la cohabitation des pandas roux, muntjacs et loutres.

De plus, dans ce nouvel espace, tout est fait pour que les visiteurs puissent facilement observer les interactions entre les deux espèces. Ce nouvel équipement participe donc à la mission de conservation et de connaissances du Parc. Les visiteurs sont ainsi sensibilisés à la biodiversité et à la conservation des espèces en présence et à la responsabilité de chacun dans la perte de cette biodiversité. De nombreux thèmes sont abordés comme la consommation de viande de brousse, issue d’animaux sauvages et non d’élevage, qui entraîne une terrible perte de biodiversité et peut contribuer à la transmission de maladies.

© M. Foos

Le retour du tapir malais à Mulhouse

Les équipes du Parc connaissent déjà bien cette espèce puisque le zoo a accueilli des tapirs jusqu’au début des années 2000. L’espèce demeure rare en France : seuls neuf individus sont visibles dans six institutions. Le mâle, arrivé à Mulhouse de Nuremberg (Allemagne), s’appelle Manado. Il est né le 14 janvier 2012 au Royaume-Uni et pèse aujourd’hui 270 kg. Il sera prochainement rejoint par une femelle de son espèce en provenance de Singapour dès que les conditions sanitaires le permettront.

Le tapir est un animal sympathique et agile, à l’aise à terre comme dans l’eau, où il peut rester en apnée 90 secondes. Crépusculaire et à tendance solitaire, il interagit avec ses semblables grâce à des sifflements et cliquetis et possède un odorat très sensible. Le territoire de la femelle est plus grand que celui du mâle. Les femelles font généralement 2,5 m pour 350 kg et les mâles, plus petits, font 1,8 m pour 250 kg. Le tapir a une gestation de 13 mois et demi. Son espérance de vie est de 30 ans. Végétarien, il se nourrit de feuilles, d’herbe, de fruits, de bourgeons, de mousses, d’écorces, de tubercules ou encore de plantes aquatiques.

Ce tapiridé, en danger sur la liste rouge de l’UICN, fait partie d’un programme européen d’élevage. Largement menacé dans son habitat naturel, le tapir malais a vu sa population réduire de moitié ces dernières années. La menace majeure vient de la déforestation à grande échelle pour la plantation de palmiers à huile. Le tapir ne s’adapte pas à un habitat fragmenté et son avenir est donc compromis. Mince espoir, alors qu’à Sumatra la situation s’aggrave, en Thaïlande et en Malaisie, les aires protégées semblent stabiliser les populations.

© A. Petry

Le macaque à crête, l’un des 25 primates les plus menacés au monde

Un macaque à crête partage ce nouvel enclos avec Manado : Elias, mâle âgé de 14 ans, né en Allemagne et qui arrive du zoo de Varsovie en Pologne. Deux femelles, en provenance du zoo de Chester en Angleterre, le rejoindront prochainement. Originaire du nord de l’île de Sulawesi, l’espèce est proche de celle des macaques de Tonkean, longtemps présente à Mulhouse.

Le macaque à crête vit dans les forêts tropicales de plaine et de montagne, jusqu’à 1100 m d’altitude, en groupe de 50 à 100 individus. Contrairement aux mâles, les femelles restent dans le groupe de naissance. La hiérarchie propre aux mâles de l’espèce ne les dispense pas de bagarres pour la dominance ou l’accès aux femelles, alors que l’espèce est reconnue comme plutôt pacifique. Ce singe mesure entre 45 et 60 cm pour environ 10 kg chez le mâle et 5,5 kg chez la femelle. Omnivore, le macaque à crête se nourrit de feuilles, fruits, graines, fleurs, insectes, reptiles, amphibiens et
petits mammifères.

Le macaque à crête, en danger critique sur la liste rouge de l’UICN, est l’un des 25 primates les plus menacés au monde. Le Parc zoologique & botanique de Mulhouse participe au programme européen d’élevage et soutient les ONG Selamatkan Yaki et Macaca Nigra Project pour la conservation de l’espèce dans la nature. Les décomptes les plus optimistes évoquent 6000 individus dans la nature ; cependant, 80% des effectifs ont disparu en quarante ans. Hors du milieu d’origine, sur l’Ile de Bacan, les 100 000 individus introduits par le passé pourraient être les derniers de leur espèce. En effet, qu’il s’agisse de la région d’origine ou de celle d’introduction, la forte croissance humaine empiète sur les milieux naturels avec l’exploitation forestière et la conversion en terres agricoles. La chasse au macaque fait aussi partie du folklore et sa viande est servie lors de fêtes traditionnelles chrétiennes.

© A. Petry

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